03 mars 2020

Trois peintres contemporains espagnols, trois rapports à l’espace

Les œuvres de Calo Carratala, Ramon Enrich et Albano traduisent différents rapports à l’espace, et différents points de vue pour représenter le monde. Nous vous invitons à découvrir les perspectives singulières de ces peintres contemporains espagnols, représentés par Artistics.

Le De Pictura, traité de peinture théorisant la perspective linéaire publié en 1435 par l’italien Léon Battista Alberti constitue un bouleversement pictural qui a conditionné la peinture européenne jusqu’à nos jours. Ce traité de la Renaissance marque une prise de conscience de l’homme vis-à-vis de l’espace.  Véritable moteur universel d’évolution, elle confère un pouvoir de rationalisation de l’espace à travers sa représentation qui a profondément influencé l’histoire de la peinture.

Au XXème siècle, une volonté de représenter le monde autrement inaugure un affranchissement vis-à-vis de la perspective linéaire, notamment à travers l’abstraction en peinture. A ce jour, la multiplicité des points de vue prévaut. Peinture figurative et abstraite coexistent et réinvestissent la représentation de l’espace comme une question essentielle, et comme une possibilité sans fin de témoigner d’un rapport au monde. Le travail de trois peintres contemporains espagnols représentés par Artistics illustre parfaitement l’aspect multiforme de ce rapport à l’espace.

Calo Carratala : une perspective linéaire pour un rapport réaliste à l’espace

Passionné de voyage, le peintre contemporain espagnol Calo Carratala a choisi de représenter des paysages dont la découverte et la contemplation l’ont touché. Ses séries de peinture figurative sont autant d’hommages rendus aux paysages grandioses de l’Amazonie, de la Tanzanie ou encore de la Norvège, dont le caractère sublime est exacerbé sous le pinceau du peintre. Selon lui, « le paysage est un monde à protéger, et non plus à découvrir » : affirmation paradoxale au vu du caractère surpuissant des décors naturels qu’il représente : sommets majestueux ou forêt tropicale exubérante.

 

Grand Bénasque I, Calo Carratala, Huile sur toile, 156 x 214 cm, 2017

 

Le peintre contemporain espagnol fait le choix de représenter ces paysages selon une perspective linéaire. Le point de vue adopté est celui d’un humain. Ce choix fait le caractère essentiellement paradoxal de sa peinture puisqu’il condamne l’humain à une position de faiblesse propre à celui qui ne peut que contempler, tout en concédant un pouvoir à l’homme en tant que point de vue. La peinture de Calo Carratala nous met en garde : c’est parce que l’homme peut ressentir le caractère exceptionnel de la nature qu’il doit la protéger.

Ramon Enrich : apprivoiser l’espace en le représentant

Au-delà de la représentation de l’espace en tant que tel, le peintre contemporain espagnol représente un espace bâti dont la présence humaine a disparu. C’est en cela que le point de vue adopté par Ramon Enrich incarne une tentative de s’affranchir d’une perspective linéaire : précisément parce qu’il refuse tout rapport incarné à l’espace.

 

RUV, Ramon Enrich, Acrylique sur toile, 130 x 170 cm, 2014-2016

 

Toutefois, le quadrillage, élément invisible chez Calo Carratala, se retrouve dans de nombreuses œuvres de Ramon Enrich. Cet élément remplit la même fonction chez les deux peintres sans pour autant revêtir la même signification. Là où Calo Carratala utilise cet outil pour reproduire le réel avec exactitude dans ses proportions, Ramon Enrich s’en sert pour rationaliser l’espace, s’assurant par là même d’en avoir l’apparente maîtrise, ce qui participe à un certain effet d’ironie qu’il revendique dans ses œuvres.

Albano : un paysage affranchi de tout rapport à l’espace

Le peintre contemporain espagnol Albano produit quant à lui des tableaux de paysages abstraits, dont l’efficacité de la représentation repose sur l’évocation. Dans sa série Atlas, il s’agit moins de représenter le réel que de le signifier. Dans un pur procédé de synesthésie, le peintre propose au spectateur de rentrer dans le souvenir d’un lieu. Ainsi, les champs de sa Castille natale se manifestent aux sens du spectateur grâce à l’effet produit sur son regard par un vert très lumineux et présent.

 

Atlas 1609, Banaue, Albano, 200 x 200 cm, 2016

 

Le peintre contemporain espagnol affranchit le paysage de toute notion de perspective et réalise ainsi l’objectif de l’art moderne de transformer le rapport à l’espace en une pure phénoménologie, c’est-à-dire en une expérience vécue dont subsiste le souvenir.

 

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