Œuvre originale : combien de tirages autorisés pour une sculpture ?

03 octobre 2016

Tags:

sculpture, bronze, fonderie, édition limitée

Œuvre originale : Combien de tirages autorisés pour une sculpture ?

 

Echos, une œuvre d’art en bronze du sculpteur Romain Langlois


Si la question se pose c’est bien parce que l’on retrouve souvent plusieurs tirages identiques d’une même sculpture. C’est le cas notamment des sculptures en bronze. Dans ce cas, s’agit-il toujours d’une œuvre d’art ? Et surtout, en combien d’exemplaire peut-on retrouver cette même sculpture ? Y-a-t-il une limite ?

 
Quelles œuvres sont concernées par cette multiplicité ?

  

Exemples d’une fonte, à gauche, à la Fonderie Avangini, et d’un moule, à droite, à la Fonderie Susse


Bien souvent, une sculpture n’est pas le fruit du modelage, par l’artiste lui-même, de l’argile, du bois ou de la taille de pierre. Les sculpteurs, en effet, réalisent des œuvres d’art en métal, et notamment en bronze, déjà depuis l’Antiquité.

Le métal, pour être façonné, a bien souvent besoin d’être fondu et c’est précisément pour cette raison que l’artiste est contraint de réaliser un moule de sa sculpture. Ce moule sert, ensuite, évidemment, à accueillir du métal en fusion. C’est ainsi que l’on peut réaliser, notamment, une épreuve en bronze.

On comprend alors bien qu’il existe une vraie différence entre une sculpture réalisée directement à la main, en taillant le marbre par exemple, et une sculpture obtenue par fonderie. La première est incontestablement une pièce unique, la seconde peut difficilement l’être puisqu’elle est issue d’un moule, moule qui permet justement la reproduction d’un même modèle.

En matière d’œuvre d’art c’est là que la question de l’originalité se pose.
 

En deçà de 8 exemplaires, une sculpture reste une œuvre d’art originale

  

Torse de Caroline, sculpture en bronze de Yann Guillon. A droite : détail de la signature de l'artiste et du numéro de tirage, ici : 3/8.


Notre bon sens nous amène naturellement à nous demander si une sculpture que l’on peut retrouver en plusieurs exemplaires est toujours considérée comme une œuvre d’art.

Cette préoccupation n’est pas que symbolique, elle est finalement surtout économique. Différencier une œuvre d’art d’un bien fongible, parce que reproductible en série, a des conséquences directes sur son régime fiscal applicable.

 Le législateur, à la fin des années 1960, est donc venu clarifier la définition d’une œuvre d’art dans le deuxièmement de l’article 98 A (annexe III) (anciennement article 71) du Code Général des Impôts qui dispose notamment que « Sont considérées comme œuvres d'art […] fontes de sculpture à tirage limité à huit exemplaires et contrôlé par l'artiste ou ses ayants droit […] » Cette réglementation signifie donc très clairement qu’une sculpture obtenue par fonderie est considérée comme une œuvre d’art originale tant qu’elle est tirée en édition limitée à 8 exemplaires maximum.

Une vingtaine d’années plus tard, le Syndicat Général des Fondeurs d’Art accompagné du Syndicat des Sculpteurs, de la Chambre Nationale des Commissaires-Priseurs et du Comité des Galeries d’Art, a édité un Code Déontologique des Fonderies d'Art ayant vocation à différencier une œuvre d’art obtenue par fonderie produite sous l’appellation « originale », « multiple » et « pièce unique » tout en précisant qu’un tel choix devait être déterminé, de façon irrévocable, par l’artiste lui-même et ce avant même la réalisation de la première pièce. Les dispositions de ce présent code viennent également atténuer la limite des huit exemplaires en autorisant, pour les œuvres originales, quatre autres exemplaire appelés « épreuves d’artiste » devant être numérotés comme telles. Il est donc désormais d’usage que chaque sculpture originale tiré par un fondeur d’art professionnel soit marqué par la signature de l’artiste, le numéro du tirage et le cachet de la fonderie.

Il convient cependant de précisier que ces règlementations sont françaises et qu'elles ne s'appliquent donc que sur le territoire français. Si vous achetez une sculpture à l'étranger veillez à bien vous tenir informé de la lesgislation applicable en vigueur.

Pour résumer, la problématique de l’originalité d’une sculpture concerne avant tout les sculptures obtenues par fonderie de métal. Les œuvres réalisées entièrement par la main de l’artiste, par taille de pierre ou modelage de la terre par exemple, sont, de fait, des pièces uniques. La question de l’originalité ne se pose pas. En revanche, lorsqu’une sculpture est produite en bronze, par exemple, et qu’elle nécessite donc un moulage, il faut faire attention à ce que les exemplaires que l’on retrouve de cette sculpture soient bien limités. Pour cela il suffit de parcourir la sculpture du regard jusqu’à trouver la signature de l’artiste et le numéro de tirage de la pièce. Si la sculpture est signée et numéroté – dans la limite de 8 exemplaires ou 4 épreuves d’artistes – aucun doute, vous avez bien entre les mains une œuvre originale. Vous pouvez également réclammer un certificat d'authenticité au vendeur de la sculpture (qu'il s'agisse d'une galerie, d'un marchand ou de l'artiste lui-même) de sorte à attester définitivement l'originalité de l'oeuvre acquise.

Remonter