Photographie: Okurimono, nouvelle série de Christian Houge

29 octobre 2018

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Christian Houge, japan, Okurimono

Okurimono est le dernier projet photographique de l’artiste norvégien Christian Houge, une série qui explore des aspects méconnus de la culture japonaise, abordée sous l’angle des rituels, des sous-cultures et de thèmes tels que l’identité, la sexualité, le désir ou la transidentité.

 

Okurimono, terme qui signifie à la fois "cadeau" et "entre-deux" en japonais, est le titre donné par Christian Houge à un projet qu’il a élaboré au cours de cinq séjours au Japon entre 2007 et 2018.

 

Entrance, Christian Houge. Série Okurimono, 2007-2018

 

Cette série s’articule autour de la question la quête d’identité, jusque dans ses aspects les plus obscurs. Pour mener à bien ce projet, Christian Houge a exploré les sous-cultures nippones et s’est aventuré sur les terrains de la sexualité, du désir et de la transidentité.  L’artiste souhaite susciter une réflexion sur des sujets souvent considérés comme tabous dans la société contemporaine. 

La plupart des photographies de cette série sont mises en scène afin de créer un récit dans le récit. Les associations qu’elles génèreront dans l’esprit du spectateur détermineront la perception que chacun pourra avoir de ce travail dans lequel l’ambigüité joue un rôle de premier plan.

Le projet a vu le jour à Harajuku, le quartier de Tokyo considéré comme le cœur de la youth culture japonaise. C’est là que Christian Houge a trouvé ses premières sources d’inspiration : des adolescentes vêtues de robes de style post-victorien ou de costumes "cosplay" pour s’identifier à leur personnage de fiction favori. Dans ce désir d’exprimer son individualité, le photographe cherche à saisir la tension entre l’identité personnelle et une esthétique connue et partagée par tous (ou au moins par un groupe d’une même tranche d’âge).

 

Usagi, Christian Houge. Série Okurimono, 2007-2018.

 

Dans nombre de ses photographies, les modèles de Christian Houge sont masqués, faisant écho aux nombreux masques sociaux que nous portons dans notre vie quotidienne. Dans notre société d’information post-moderne, dénuée de mystère, ces énigmatiques personnages masqués évoquent également le monde des chamanes et des rituels païens, transportant ainsi le spectateur dans un univers chargé de magie et de spiritualité.

La série Okurimono explore également le thème de l’identité et de la sexualité à travers les nyūhāfu ("nouvelles moitiés", terme employé au Japon pour désigner les transexuels). La quête d’identité se confond avec une recherche de féminité et d’une image corporelle qui se traduit par une transformation physique complète. Pour autant, le spectateur pourra ne pas deviner que le modèle est un nyūhāfu. Le photographe cherche simplement, en donnant à voir cet univers fermé à travers des images soigneusement mises en scène, à placer celui qui regarde dans le rôle peut-être incommodant du voyeur.

 

Gauche : Tanoshimi/Idami. Droite : Tako I. Série Okurimono (2007-2018), Christian Houge.

 

Le shibari, ou art du lien, qui est né à l’ère Edo (17e siècle) est un autre territoire que Christian Houge ausculte dans sa série Okurimono. Ses photos saisissantes de modèles féminins attachés avec des cordes rouges sur un fond blanc nous projètent dans cette exploration de la vulnérabilité et de l’abandon, du pouvoir et de la liberté.

Enfin, sondant la place de la tradition et de la technologie dans ce Japon que Okurimono nous invite à parcourir, la série montre aussi les symboles très puissants qui participent à la définition de la culture japonaise et de l’identité nationale, entre l’ancien et le nouveau. Comme l’écrit l’historien de l’art Erling Bugge : "Christian Houge nous guide vers un mystère. Celui qui se cache entre les formes ritualisées du jardin zen traditionnel et les espaces tout aussi ritualisés du Tokyo urbain futuriste. Pour un Occidental, le Japon peut paraître familier puisque ce qui nous est présenté ressemble à un spectacle futuriste quelque peu ancré dans l’imagination occidentale.  Ce jugement pourtant est trop facile. Dans les photos de Houge, le sens du semblable s’évanouit et laisse la place à un sentiment très différent d’étrangeté. En fait ce que l’œuvre montre, c’est la formidable place de l’altérité dans l’ordre mondial d’aujourd’hui, une entrée fracassante de la différence au milieu du monde familier."

Les images de la série Okurimono ont en commun un aspect fantomatique. Dans le monde de la réalité et dans celui des rêves, le rituel et le jeu se fondent tandis que les frontières entre le connu et l’inconnu s’évanouissent.

 

 Gauche : Shibari II. Droite : Shibari III. Série Okurimono, 2007-2018.

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