07 octobre 2019

Chez Romain Langlois, chaque pièce est l’aboutissement d’un long processus de recherche et de maturation. D’où la rareté de sa production et le caractère exceptionnel de chacune de ses créations. A l’instar de Serendipity que l’artiste vient à peine de dévoiler et qui s’inscrit à la fois dans la continuité de ses précédentes sculptures et en rupture avec elles.

 

 

Serendipity, Romain Langlois 

 

Attraction de l’espace, Résonance, Contenant… L’hyperréalisme des sculptures de Romain Langlois est troublant. Cependant, ses pièces sont plus que des reproductions, et loin de vouloir reproduire la nature, elles renferment l’ambition inconsidérée de donner une nouvelle existence à ces éléments naturels, voire de rendre le bois ou la roche « encore plus naturel ».

Romain Langlois envisage ses œuvres comme des transmutations. Elles sont composées des informations visuelles que fournissent les éléments - la couleur de la roche ou les veines du bois - auxquelles vont venir s’ajouter les représentations de l’esprit du spectateur. En effet, l’artiste entend duper l’esprit. Pour créer une roche plus vraie que nature, l’artiste la façonne tel que l’esprit la conçoit, il s’explique : « Si je crée une faille, l’esprit va se souvenir de la faille d’une montagne. Il s’agit ainsi de créer un effet d’hyperréalisme en utilisant des narrations qui tromperont l’esprit le portant à croire que ce qu’il voit est absolument naturel. ».

 

Serendipity, Romain Langlois 

 

L’hyperréalisme se borne cependant à la partie extérieure des pièces, et il est équilibré par la part interprétative, c’est-à-dire l’aspect liquide des œuvres, signature de l'artiste.

Originairement pensé comme une référence à l’état liquide par lequel chaque chose passe, ce magma tantôt doré, tantôt noir a également une portée plus symbolique. Il manifeste l’état d’instabilité permanente des choses, cet état étant le terreau fertile de l’évolution de laquelle émergent des découvertes scientifiques comme esthétiques. Grâce à ce magma, les choses révèlent de quoi elles sont faites. « Tout est en vie, en mouvement, en transformation. » Cette vie, ce mouvement intérieur des choses, il faut aller le dénicher.

Serendipity, une découverte esthétique

Cette portée plus symbolique est d’autant plus chère à l’artiste qu’elle fait écho indirectement au concept même de sérendipité, qui prête son nom à la dernière œuvre, un concept qui désigne le fait de faire une découverte de manière fortuite.

Pour Serendipity, Romain Langlois a choisi de revêtir ce liquide de noir, là où ses précédentes sculptures rayonnent d’une intense couleur dorée. Là encore, l’artiste est soucieux de maintenir un équilibre au sein de la sculpture : « Par son mouvement, la pièce est donnée à voir, elle est décomposée. Choisir de faire du noir, et non pas du doré - comme les pièces précédentes – c’était créer un effet d’équilibre au sein de la pièce. Le doré soulignait trop l’ouverture, il fallait modérer ».

 

  Serendipity, Romain Langlois 

 

S’il est clair que le noir sied d'avantage à la symbolique que le doré, le fait que cette couleur attire d’avantage le regard est moins évident, voire paradoxal. Toutefois, puisque le noir absorbe, il interroge et il met la capacité conceptuelle de l’esprit en mouvement. Contrairement aux autres pièces, l’intérieur de Serendipity n’est pas donné à voir mais il est envisagé par le sculpteur comme le sujet d’une recherche qui doit naître dans l’esprit des spectateurs. 

Essayer de ne rien perdre en récréant, voire d’ajouter à la nature grâce à la capacité conceptuelle de l’esprit, telle est la volonté du sculpteur qui considère ses pièces comme tournées vers leurs spectateurs, comme ouvertes aux regards qui vont véritablement façonner les œuvres.

Pour Romain Langlois, le rapport à l’espace qu’entretient Serendipity est « comme une invitation à danser » formulée à l’endroit de ses spectateurs par laquelle l’esprit va pouvoir s’approprier la pièce. 

 

Serendipity, Romain Langlois 

 

 Eh bien, dansez maintenant !

 

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