Pas de demi-mesure dans cette peinture qui vient des tripes. Couleurs sanguines, traits pulsionnels, sensualité violente...le tout solidement maîtrisé dans un sens aigu de la morphologie : épaisseur de la matière, sûreté du geste, densité des scènes. Les corps musculeux, les postures arrogantes, l'expression des visages, égarée, lascive ou rageuse, sont clairement identifiés, l'artiste se veut résolument figuratif. Et c'est là son talent : pour exprimer l'intime et les pensées secrètes, il n'a pas recours à l'abstraction. S'il décompose, allonge l'aplat, fait tournoyer les figures, c'est pour dire l'indicible : le désir, la soumission, la furie, le fantasme... Au bout de 20 ans de peinture, Christophe Dupety semble débarrassé de sa timidité pour atteindre l'os, ou plûtot la chair. Artiste en constante exploration, il a autrefois joué la légèreté, la douceur, l'esthétique dans sa période "portraits" , s'est rapproché de l'animalité, de la brutalité avec ses taureaux; le voilà maintenant dans le défoulement, la jubilation charnelle, la profondeur. Christophe parle d'amour et d'amours.Donc de souffrance. Ses couples sont souvent des duels; ses femmes, des Domina, des Machiavel, des Carabosse ! A passé quarante ans, l'homme sait aujourd'hui prendre ses distances avec les traumatismes et les douleurs passées pour les mettre en scène. Ses toiles à la fois belles et intenses embrassent l'émotion à vif, celle, brutale, qui surgit sans prévenir, celle qui nous habite tous.

Catherine Schwaab

(Paris Match -2004)

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