Une perle baroque, Bertrand Perret

L’œuvre de Romain Langlois, riche et protéiforme, n’en finit pas d’explorer de nouveaux territoires et de nouvelles combinaisons. Un fil mystérieux relie pourtant cet ensemble et crée un réseau dense de matières, de formes et de significations.

 

Dans cette foule peuplée d’étranges présences, tentons quelques regroupements familiaux :

 

D’abord, il y a les corps et les visages académiques.

Dans ces figures, souvent charismatiques, la qualité anatomique est au service d’une puissance expressive rare. Ces sculptures livrent avec force et pudeur une qualité de silence incomparable : celle du recueillement, de l’abandon, de l’oubli, de la déréliction ou simplement de la maturité accomplie. Dans ces figures - corps ou visages - tout l’être semble s’être retiré en son centre, entièrement concentré sur son essence vivante. Et cette vie recueillie affleure sur toute la surface visible qu’il nous est donné de contempler.

Nous percevons une spiritualité et un cœur battant. Secrètement.

Sans autre commentaire inutile.

 

Une autre branche de la famille n’est pas en paix. Elle est accablée de stigmates. Des signes hostiles blessent ses visages : fils barbelés formant couronne ; clous aimantés ou limaille de fer adhérant à la peau ; masque à gaz plaqué sur le mystère de la vie ; fœtus emprisonnés dans un cocon de métal tissé.

Ici, l’Histoire est à l’œuvre avec son lot de luttes, d’injustices et de violences.

Pourtant une étrange sérénité demeure au cœur de ces figures accablées.

 

Enfin, l’homme n’est pas seul à mériter l’intérêt du sculpteur. Il y a le monde, le cosmos plus vaste et la diversité de ses matériaux ancestraux. Parmi eux, les minéraux, les matières pétrifiées, les fossiles, les coquillages, les coraux, les aimants ne laissent pas de fasciner Romain Langlois. Tous ces « matériaux premiers », amalgamés au bronze ou présents dans l’œuvre - même s’ils sont parfois cachés en son cœur secret - lui donnent une résonance d’éternité, une force tellurique. 

Ils en constituent le système nerveux pétrifié.

 

L’ensemble de cette œuvre ressemble à une vanité éclatée.

Un hommage à la vie ne reniant pas l’immensité qui la dépasse.

 

C’est une perle baroque, brillante d’irrégularités.

 

Bertrand Perret, le 18 mars 2012

 

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