Une question de bronze, Philippe Aubert de Molay

Il est question de bronze. De dépôt de calcite recouvrant partiellement ce bronze. De masses magnétiques animant ce bronze. De mouler des troncs d’arbres, des rochers, pour instaurer une notion d’état liquide. Romain Langlois confie : « En fait la nature est tellement belle que cela ne me donne presque plus l’envie de sculpter. Juste transformer une matière par un regard devient suffisant. Quelque chose comme ça. » Et c’est ce qu’il fait. Et il faut du métier pour ça. De la curiosité, de la gravité, de la sensualité, de l’ironie et de l’humour également.

Romain Langlois donne à voir l’objet et la représentation de celui-ci, fusionnant l’imaginaire du sculpteur avec celui, multiforme, d’un public surpris et fasciné. La force inouïe de cette sculpture est qu’elle se raconte à celui qui la découvre, son auteur ne nous tient pas par la main, il nous laisse voir. Voilà une approche où l’hésitation est permise car l’œil réfléchit, calcule, se demande, ne décide pas une fois pour toute ; une expression plastique où l’on se laisse aller à la perception, à la certitude, voir même à l’erreur, à l’émotion toujours. Dans une hésitation féconde.

Quelque chose de Borgès et de son réalisme magique traverse ce bronze, ce bois, ce mouvement, cette visibilité, cette tentation d’offrir une collection de fragments naturalistes. Comme si le sculpteur s’éloignait un instant du quotidien pour mieux le « voir ». Et pour s’y replonger aussitôt, avec nous. Parce que c’est là que s’exprime une sorte de touchante vérité, au cœur de ce réel tantôt heureux, tantôt terrible.

Un réel où l’on peut travailler le bronze comme autrefois, essayer des techniques, en créer de nouvelles, apprivoiser l’eau, respecter le bois comme l’être vivant qu’il est, tout en étreignant avec avidité et jusqu’à plus soif la chair du monde. En choisissant d’être pleinement dans l’instant, dans cette recherche perpétuelle de la forme et de ses révélations.

Philippe Aubert de Molay

(extraits)

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